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Gilets jaunes : la trahison des élites


Lors de son interview sur le Charles-de-Gaulle, Emmanuel Macron a reconnu ne pas avoir « réussi à réconcilier le peuple français avec ses dirigeants ». Revient alors à l’esprit le livre de Christopher Lasch : « La révolte des élites et la trahison de la démocratie ». Livre prémonitoire. Publié en 1996 aux États-Unis, il décrit une société américaine où les élites se sont détachées du peuple avec pour résultat le Tea Party, l’élection de Donald Trump, et un pays au bord de l’implosion. Après le Brexit et le vote italien, c’est au tour des Français de manifester contre ces élites qui les ignorent. Comment cela finira-t-il ?

Après coup, il est facile de dire « on vous avait prévenu » ou « il était évident que le peuple se révolterait un jour ». Mais en vérité, tant aux États-Unis qu’en Grande-Bretagne ou en Italie, personne n’a vu le coup venir bien qu’il y eut des signes annonciateurs. Cette révolte a trois causes principales : la mondialisation, les nouvelles technologies, et l’immigration. Les deux premières ont privé de nombreux salariés de leur emploi, soit parce qu’il a été externalisé ou remplacé par des robots. La troisième a renforcé leur sentiment de déchéance par la crainte de voir le peu d’emplois non-qualifiés restant captés par les immigrés, réveillant un racisme latent chez tous les peuples.

Les élites, portés par la vague mondialiste et technologique, ont embrassé cette postmodernité qui leur ouvrait les portes d’un nouveau monde illimité en apparence par les possibilités qu’il offrait tout en augmentant leur bien-être matériel. La césure était inévitable. Elle l’était d’autant plus qu’elle s’accompagnait d’une révolution économique par l’adoption du néolibéralisme qui associe déréglementation, austérité et réduction de la pression fiscale sur les capitaux. Le néolibéralisme fut présenté aux salariés comme une nouvelle voie, une troisième voie qui se traduit dans les faits par une baisse du pouvoir d’achat, accompagnée d’une réduction des services publics dans les pays anglo-saxons, augmentant d’autant l’inégalité entre les classes sociales. Au bout du compte, ce mouvement des classes populaires délaissées par les élites est une condamnation de la démocratie telle qu’elle est pratiquée de nos jours. Le rôle des élites – des philosophes, aurait dit Platon – est d’administrer la cité équitablement, non pour leur propre compte.

Aux États-Unis, ce mouvement conduit à l’élection d’un électron libre narcissique. En Grande-Bretagne, il plonge la nation dans une crise dont il est difficile de prévoir l’issue. En Italie, il annonce un blocage politique inextricable tant il est profond. En France, il est trop tôt pour se prononcer sur les gilets jaunes, mais il serait dangereux de les ignorer. Reconnaître son erreur, comme le fit le président français, est méritoire, mais ne suffit pas. Il faut reprendre le problème à la base, c’est-à-dire en comprendre les motivations profondes, et proposer des solutions justes à un horizon proche.

La marche de manœuvre des pays concernés est étroite en raison de leur situation économique. A défaut de solutions, la révolte s’amplifiera et se cristallisera pour déboucher in fine sur l’autoritarisme.

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7 commentaires

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  • Jean Paul Raoul

    Le développement d’une économie locale (circulaire ?) à côté de l’economie mondialisée (qui crée des emplois surtout dans les metropoles) devient urgent. Occasion à saisir par l’Institut de Locarn ?

  • Marc Halévy

    Monsieur Baslé. Depuis des mois, vous monopolisez les colonnes de ce blog pour débiter des quantités phénoménales d’âneries venant d’un autre temps. Vous jouez au prospectiviste alors que vous n’êtes qu’un nostalgique. Nous avons changé de paradigme, figurez-vous, et le nouveau paradigme a totalement rompu avec la modernité et l’américanisme (votre carrière américaine, vous a vraiment déformé et complètement rendu aveugle – je suis Américain et ai fui les USA il y a 25 ans).
    Le peuple ne vise qu’une seule chose : panem et circenses.
    Les « gilets jaunes » ne sont qu’un petit urticaire ridicule de « mécontents » excités par le FN et la FI contre Macron, et conspuant le retour (enfin) à un début de libéralisme dans le dernier pays communiste du monde. Le prix du pétrole est condamné à exploser dans les dix ans qui viennent, et l’on ne parlera pas de quelques centimes, mais de doublement et de triplement. La fête est finie : retour aux réalités … Cela fait bien trop longtemps qu’en France, on fait croire (par tactique démagogique et électoraliste) que la population, en général, et les pauvres, en particulier, pourront continuer à vivre au-dessus de leurs (nos) moyens.
    Il est temps de siffler la fin de la récréation et de mettre le FN et la FI au piquet, pour un long, un très long moment, en compagnie du PS et du PC.
    Ni la croissance, ni les « trente glorieuses », ni l’État-providence ne reviendront. Ces temps-là sont définitivement révolus. Les choses, les services et les idées doivent reprendre leur juste prix et leur juste place.
    Et cessons de mettre dans le même sac des mouvements et tendances (Trump, Poutine, Daesh, Brexit, Italie, Orban, …) qui n’ont en commun que le simple fait que le monde d’avant est irréversiblement révolu et que cela engendre des tonnes de nostalgiques qui tentent, chacun dans leur coin, de réinventer le « bon vieux temps » qui ne reviendra jamais.

  • Jean Paul Raoul

    Le développement de l’économie locale (circulaire ?) à côté de l’econome mondialisé (qui crée des emplois surtout dans les metropoles) devient urgent.

  • Lorsque nous avons mis en place « Bécherel, Cité du Livre », il y a 30 ans pour « vivre et travailler au pays », « pour faire revivre un village qui se désertifiait depuis les années 60,  » pour créer des emplois et répondre aux besoins de notre temps », nous savions déjà qu’il fallait réagir. La mécanisation et les robots allaient supprimer des emplois. Le nombre de la population s’accroissait déjà. Nous n’étions pas nombreux à comprendre ce qui allait se passer. « Bécherel, Cité du Livre », une entreprise culturelle en milieu rural en Bretagne a été mise en place sur des notions d’autonomie des personnes et des biens et de solidarité pour promouvoir l’ensemble. Ce n’est qu’un début. On peut installer des entreprises culturelles dans différents villages ou quartiers et faire revivre les centres-villes. On peut aussi imaginer qu’un lobby breton en Bretagne, Alsacien en Alsace, Corse en Corse (etc) peut s’emparer des lois en discussion à l’assemblée nationale et en proposer d’autres à partir de nos intérêts propres et de nos besoins sur notre terrain. Pourquoi pas puisque nous n’avons plus confiance dans nos élus, ni dans les syndicats. Nous ne sommes plus représentés nulle part et nous en sommes réduits à brailler des slogans et des revendications et à gêner tout le monde avec des blocages. INVENTONS UNE AUTRE MANIÈRE DE FAIRE ET FAISONS ATTENTION AU LENDEMAIN …

  • ottavio jean

    L’institut Locarn qui regroupe tant de tenants du néolibéralisme (voir sa propre présentation https://institut-locarn.bzh) critique les élites avec qui il flirte depuis si longtemps : la fameuse Brezh touch d’il y a quelques années c’était pas un truc de Le Drian et l’institut Locarn ? or « Cette manifestation était parrainée par les « amis de la Breizh Touch », une vingtaine de Bretons célèbres comme François Pinault, Vincent Bolloré, Alan Stivell, Bernard Hinault, Irène Frain, Olivier Roellinger ou Anne Quéméré qui ont ouvert les festivités lors de la soirée Breizh Power organisée par Ronan Le Flécher sur la terrasse de Publicis Champs-Élysées. »
    Pinault, Boloré, Le publicis Champs Elysées, c’est pas les « gilets jaunes » mais les élites !!!!

  • gilles colcombet

    Macron a trop vite oublié qu’il a été élu par défaut et que la majorité des français avait exprimé un raz le bol de ses représentants politiques « hors sols  » incapables de se réformer eux-mêmes pour commencer, ainsi que d’amaigrir l’Etat. Il croyait disposer des « tous pouvoirs », n’ayant quasiment plus de parti politique fort contre lui ni de syndicats. c’était une fois de plus oublier le peuple réel. Il croyait lui faire avaler la pilule des taxes, en le faisant communier à la religion d’Etat « la lutte contre le réchauffement ». Pas de chance le peuple est moins idiot qu’il ne le croyait! Patatrac …!
    Il est temps que le peuple qui sait maintenant montrer ses muscles s’allie avec la classe moyenne des « valeurs » qui a rassemblé 1 millions de manifestants à la manif pour tous. Leur combat n’est pas exactement le même mais leur ennemi est commun : l’ élite mondialisée du fric anti nation .