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Un conflit généralisé au Moyen-Orient ?


Vers un conflit généralisé au Moyen-Orient ?
Jean-Luc Baslé

Ceux d’entre vous qui lisent les éditoriaux de Paul Craig Roberts, ancien secrétaire d’Etat au Trésor de Ronald Reagan et ancien éditeur du Wall Street Journal, pensent sans doute qu’il se répète. Je le pense aussi parfois. Il faut reconnaître cependant qu’il n’a pas tort car le danger demeure. A preuve, les frappes israéliennes sur la Syrie du 30 avril.

Dans un récent commentaire, Paul Craig Roberts voit dans ces frappes une escalade du conflit syrien – un conflit qui semblait s’être conclue par une victoire d’Assad grâce à l’aide de ses alliés. Il n’en est rien. La guerre entre dans une nouvelle phase, plus dangereuse que la précédente. Stephen Lendman rejoint les conclusions de Paul Craig Roberts. Tous deux considèrent que la décision de Vladimir Poutine de se retirer partiellement de la Syrie en 2016, loin de mettre fin au conflit comme espéré, a permis aux Etats-Unis et à ses alliés de se ressaisir. Le Colonel Lawrence Wilkerson, ancien chef d’état-major de Colin Powell, pensent que les frappes israéliennes sont « plutôt alarmantes ». En février, Newsweek annonçait déjà qu’Israël se préparait à attaquer les positions iraniennes en Syrie. Le 18 avril, le New York Times confirme cette information en évoquant la possibilité d’une guerre israélo-iranienne. Sommes-nous à l’aube d’un embrasement du conflit syrien ?

L’intense activité diplomatique de ces derniers jours le laisse penser. Le 23 avril, Emmanuel Macron entame sa visite d’état à Washington. Le 24, le général Joseph Votel, chef des forces américaines au Moyen Orient, est en Israël. Le 25, Avigdor Lieberman, ministre israélien de la défense, est à Washington. Le 27, Angela Merkel rend visite au président américain. Le 29, Mike Pompeo, nouveau ministre des affaires étrangères, est en Israël. Pourquoi toutes ces visites dans un laps de temps aussi court ? Sont-elles liées à la date du 12 mai – jour où Donald Trump doit faire connaître sa décision concernant l’accord nucléaire iranien ?

Le 30 avril, Benjamin Netanyahu annonçait qu’il est en possession de documents secrets démontrant que les Iraniens construisent une force de frappe nucléaire. S’il n’a pas impressionné la communauté internationale, il a convaincu Donald Trump qui a exprimé à plusieurs reprises son intention de se retirer de l’accord nucléaire iranien de 2015. Le même jour, le Knesset accordait à Benjamin Netanyahu le droit de déclarer la guerre dans des « situations extrêmes » à la seule condition d’avoir l’accord du ministre de la défense. Cette loi s’apparente au projet de loi Corker-Kaine aux Etats-Unis qui, sous prétexte de limiter le pouvoir du président, lui accorde en fait le droit de déclarer la guerre dans le secret le plus absolu. Deux instances démocratiques, le Knesset et le Congrès, renoncent à leur droit le plus sacré : celui de déclarer la guerre. La démocratie mourra-t-elle sous les bombes, comme l’avait pressenti James Madison ?

Les frappes des 13 et 30 avril sont-elles l’annonce d’un conflit généralisé au Moyen-Orient – conflit qui porte en germe un autre conflit beaucoup plus grave, celui des deux premières puissances nucléaires. Le proverbial grain de sable arrêtera-t-il cet enchaînement ? Sauvera-t-il les hommes de leur folie ?

Envoyé par l’auteur, 4 mai 2018
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1 commentaire

  • Cévaër Jean

    Jean-Luc, vous avez entièrement raison, les décisions irrationnelles du président des USA et du premier ministre israélien sont une menace, non seulement pour la paix au Proche et au Moyen Orient, mais pour la paix du Monde.
    Pensons aux trois guerres (civiles) européennes 1870, 1914-1918 et 1939-1945 et comment elles ont été déclenchées. A chaque fois il a suffi d’une allumette, aujourd’hui dans l’Orient proche il s’agit d’un baril de poudre.
    Cordialement. JC

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