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La reliance bretonne, le paradigme du textile


« Relié est passif, reliant est participant, reliance est activant[1]»

Yves Brun

Le constat est là : nous traversons une période de dé-composition. Ce phénomène qui envahit l’ensemble des systèmes humains fait d’ailleurs peut-être partie d’une évolution normale des sociétés humaines, comme dans la nature, une loi universelle et cosmique. Les systèmes naissent, progressent, arrivent à maturité, déclinent, se sclérosent et meurent pour se renouveler sous une autre forme et ainsi perdurer.

La phase de dé-composition est une période de destruction, de déclin, de désarroi, de décote, de déclassement, de décrépitude. Chaque système se délite et s’abîme, se disperse et se sépare pour ne plus fonctionner correctement ensemble. Mais ce mouvement de désagrégation vient nourrir presque aussitôt la naissance d’un nouveau système. Le flux de la vie se nourrit de la mort. La belle feuille d’érable qui a percé l’écorce de la branche au printemps a brandi sa transparence verte et sa brillance aux rayons du soleil, s’est épanouie ensuite sous la chaleur de l’été, plus épaisse et plus foncée, robuste, puis elle s’est durcie, habitée ensuite en automne des couleurs du feu et du sang, de ce feu de l’été capturé, craquante et recroquevillée pour signer son cycle de vie et finir à terre aux premiers souffles de l’hiver, décomposée, liquéfiée pour se fondre dans la terre, devenir humus en fait et nourrir encore ce bel arbre.

Ces forces de dispersion, de séparation et d’annihilation agitent le monde, le vieux monde aujourd’hui et les structures ancestrales s’écroulent : le mal-être des individus, la crise de la famille, l’inefficacité des États, la pollution à l’échelle mondiale, la disparition des espèces, etc. Il n’est pas dans notre propos ici d’évoquer quelques regrets nostalgiques mais simplement d’essayer de prendre conscience de l’esprit du temps des hommes. Notons au passage ce qu’écrivait Élisée Reclus en 1905 : « À notre époque de crise aiguë, où la société se trouve si profondément ébranlée, où le remous d’évolution devient si rapide que l’homme, pris de vertige, cherche un nouveau point d’appui pour la direction de sa vie[2]… » Cette période de chute, de craquement est, malgré le ressenti et les apparences, une chance pour réinventer le lien. Le lien est ce fil qui nous attache à la vie : à notre mère que nous avons sentie à notre arrivée, à ce monde que nous imaginons sans cesse, à nos autres proches que nous croisons, à nous-même que nous habitons. La multiplicité de ces liens forme la toile de notre être, notre texture. Ce lien forme notre composition, donc notre texte, car nous vivons tous dans un texte[3], un texte que nous continuons à écrire. L’érosion du soin porté aux liens abîme cette étoffe, la déchire et crée du vide. Ce vide de lien conduit les pauvres égarés, déliés, dans le filet des idéologues. La nature, donc les personnes, a horreur du vide.

La reliance[4] est ce terme qui dessine l’acte de tension relationnelle entre deux êtres au moins, dans une organisation sociale. La reliance a bien sûr toujours existé chez les humains et dans la nature. C’est une coopération qui assure la survie et le développement. Il est nécessaire pourtant de reformuler cette reliance naturelle à la vie dans les dérives d’une société occidentale trop individualiste et nourrie d’une concurrence exacerbée.

Fondamentalement, l’être humain a besoin d’être reconnu. La reconnaissance de l’autre le fait grandir, la reconnaissance des siens, de ceux qui font lien avec lui. La mondialisation en faisant éclater dans une nouvelle dimension les échanges et en les accélérant a fragilisé l’ensemble des structures sociales anciennes et paradoxalement une lutte contre l’uniformisation s’est développée : le besoin de se relier, de retrouver la juste dimension du monde, ce socle de territoire, est une véritable réappropriation du monde.

Dans un cycle de refondation, de réenchantement, de recomposition qui adviendra inéluctablement, favoriser la reliance est essentiel.

La Bretagne a des atouts maîtres en la matière, probablement moins dégradée dans ses reliances passées, car cette société bretonne est demeurée plus longtemps à l’écart, dans sa périphérie, et plus imprégnée qu’ailleurs de la pensée chrétienne d’entraide et secours. Avoir le sentiment d’appartenir à une même famille, à un même groupe, dans un même espace (une presqu’île cernée par les flots) avec une même langue mais aussi par une histoire et une pensée autonome, forme ce texte fondateur de la reliance bretonne. Ce texte est ce tissu qui fait société. La Bretagne reste une terre d’association même si certains éléments partent en lambeaux.

Hervé Sérieyx analyse dans le détail l’exemple d’une province québécoise dont la capitale est Rouyn-Noranda. Il considère qu’« entre le miracle abitibien et la réalité bretonne, il existe de belles similitudes intimement liées à la qualité des personnes, à leur volonté sans faille, au refus des fatalités. On y trouve une même conscience partagée d’appartenance à une terre aimée et la conviction chevillée au cœur qu’il faudra de plus en plus imaginer des voies neuves pour créer de l’emploi au Pays[5] ». Il identifie trois leviers : le tir groupé des acteurs sociaux et économiques, un investissement significatif dans la formation et la recherche, l’acceptation de la diversité et de l’ouverture sur le monde.

La Bretagne possède bien toutes ces qualités et semble-t-il ouvre la route, route encombrée des lourdeurs étatiques. « Il ne s’agit pas d’occulter l’importance et la nécessité de l’État, mais nous n’avons plus besoin d’un État-coupole qui, coiffe, bride, décide de tout, contrôle et finit par stériliser tous les dynamismes en gommant la richesse des diverses identités culturelles et en niant les spécificités historiques et géographiques des territoires. C’est un “État-corolle” qu’il nous faut, un État qui libère les talents propres à chaque région, en favorise l’émergence, en soutient le développement original, un État qui laisse fleurir plutôt que d’égaliser[6]. »

« S’ouvrir et fleurir dans la diversité des initiatives », telle doit être notre nouvelle feuille de route, et cela est déjà en marche dans de nombreux domaines car en ces temps bouleversés, demeure la soif d’un monde nouveau. Mais cette énergie demande de l’autonomie, qui implique la responsabilité.

— La reliance est la charpente

Si vous prenez le temps d’observer une charpente, vous constaterez que tout se tient sans effort apparent devant vous. Une langue ésotérique nomme chaque élément : arbalétrier, chevron d’arêtier, panne sablière, entrait, croupe, lien de faîtage, etc. Un maître charpentier a orchestré tout cela pour sa bonne tenue. Un ensemble cohérent où chaque pièce compte pour de bon sans hiérarchie dans une collaboration architecturale et technique, toute utile à cette élévation. Vous pourriez méditer sur ces œuvres, une charpente porte le toit de la nef qui protège pour naviguer dans le temps…

La Bretagne doit promouvoir un nouveau jeu économique car elle possède les ingrédients pour le faire. Ce nouveau paradigme est fondé sur l’esprit du « co ». La racine « co » est issue de la proposition latine « cum » qui signifie « avec ». Elle donne de nombreux mots qui portent l’idée de faire ensemble : coopérer, collaborer, coordonner, cohabiter, etc. La croissance future sera collaborative et immatérielle, elle devra s’insérer dans des limites matérielles inéluctables. « Le véritable commerce est toujours un échange de savoir-faire et de savoir-vivre[7] » et les dernières décennies ont montré dans la course folle de la concurrence la destruction progressive de ces deux piliers. Les meilleurs actifs des entreprises de demain seront les talents et les compétences, et leur capacité de créer une intelligence collective. Les plusvalues cachées seront là. L’économiste Yann Moulier-Boutang[8] développe cette transformation, « celle du passage d’une économie de l’échange et production à une économie de pollinisation et de contribution. Non que la contribution et la pollinisation n’aient pas existé dans l’activité humaine depuis ses toutes premières origines, mais on doit considérer aujourd’hui que ces deux caractéristiques, de marginales ou subordonnées, sont devenues centrales et hégémoniques dans la richesse et l’extraction de la valeur ». En ce sens, l’entreprise reste un sous-système des lois de la nature et ignorer cela conduira à l’échec.

— La reliance est fondée sur une économie relationnelle

L’économie nous a été trop souvent présentée comme une matière coupée du monde portée par des experts économistes qui nous expliquent des phénomènes incompréhensibles en lien avec les comptabilités publiques et les flux monétaires. Cette vision myope du monde ignore la dimension sociale et psychologique. Elena Lasida, docteur en sciences sociales et économiques, souligne dans son dernier ouvrage : « […] je crois que l’économie est avant tout une activité sociale et que le rapport entre l’homme et les biens ne peut être séparé de la relation qui se tisse entre les hommes à travers les biens. C’est la dimension sociale voire “sociétale” de l’économie qui permet de penser la création à l’intérieur même de sa logique. Cela suppose de revaloriser la dimension relationnelle de l’économie.[9] » Felwine Sarr, économiste sénégalais, écrit dans la même veine : « Cette économie relationnelle peut être à la base d’une intelligence collective au sein d’une communauté (groupe, entreprise, coopérative de paysans) et être créatrice de plus-value[10]. » La reliance implique évidemment la confiance en l’autre et en la qualité de l’échange. Cette confiance est essentielle dans la construction des solutions de demain notamment au niveau financier dans la constitution de fonds régionaux d’investissement. La reliance fait société : le latin « societas » est formé sur « socius » qui a le sens de « celui qui va avec ». La reliance amène obligatoirement la question de l’éthique et du respect de l’autre, c’est-à-dire le questionnement difficile du bien et du mal.

Il naît alors un paradoxe en ce début de xxie siècle : vous pourriez nous rétorquer que la reliance est généralisée avec l’invasion outre-mesure et incontrôlée du numérique. Tout le monde est relié, connecté et même tracé sans qu’il le sache et demain vous serez reliés à votre machine à laver pour passer commande de lessive et à votre compagnie d’assurance pour qu’elle détermine le montant de votre quittance en fonction de vos activités… Ce type de reliance demeure positif lorsqu’il permet d’établir des contacts d’un bout à l’autre de la planète, permettant l’émergence d’un projet, d’une histoire, d’une construction, d’une élévation, il s’abîme lorsqu’il massifie les bavardages ou canalise des idéologies mortifères.

La reliance que nous convoquons ici est celle du vrai contact, celle qui est soutenue par l’empathie[11] et la bienveillance, celle de l’échange sincère et du don qui peut conduire à l’amitié. Cette reliance naît du regard échangé qui pénètre, qui donne le sentiment, l’intuition que cela peut bien se passer entre les deux.

Combien d’affaires se déclenchent sur ce simple constat ?

— Le jardin des « faiseux » de Bretagne

Léon Walras[12] définit l’économie politique « comme l’exposé de ce qui est et le programme de ce qui devrait être ». Nous ne concevons pas de modèles monolithiques dans ce projet breton, ils conduisent inévitablement à des positions dogmatiques, à des guerres de clochers stériles qui font oublier le sens du voyage, et surtout ils oublient que les lois de la nature aiment les diversités, les combinaisons, les liens, les bifurcations.

Les objectifs d’une politique économique libre sont d’orchestrer les réponses les plus satisfaisantes aux besoins d’une société. Ces besoins vitaux peuvent se résumer ainsi : avoir une bonne santé, se loger et s’abriter, se nourrir, se déplacer, accéder à l’énergie, apprendre et se former, communiquer et partager, entreprendre et investir, porter des projets, valoriser.

Orchestrer à échelle humaine ne peut évidemment pas se concevoir dans de grands ensembles. La gestion du gigantisme et de la concentration apporte obligatoirement une perte d’humanité sous prétexte de faire des économies d’échelle, donc aussi une perte de reliance. Le gigantisme dépersonnalise et « anonymise » et l’être humain a tout simplement besoin de reconnaissance. Il est primordial d’adapter les réponses politiques aux « climats[13] » de nos terroirs. Seule une bonne adaptation, méticuleuse donc intelligente, servira le bien commun, redonnera du sens à la démocratie. La Bretagne est pour nous ce cadre magnifique et idéal pour mettre en œuvre cette politique conviviale et prospère, à condition de le pouvoir, à condition d’en avoir les moyens.

Nous proposons de retenir quelques principes simples et non exhaustifs : compte tenu de la situation présente, une relance économique ne peut se concevoir par de nouvelles dépenses publiques (qui ne feront qu’entamer la situation dégradée actuelle), mais il conviendra aussi de résoudre la difficile équation d’une croissance qui demeurera probablement faible et la nécessité de répondre aux besoins essentiels des plus démunis. De notre point de vue, seule une organisation déconcentrée (tant au niveau des décisions qu’au niveau des moyens financiers) est la voie du salut.

Mais il me paraît aussi important de considérer la vie économique quotidienne de la très petite entreprise (TPE[14]) qui représente le terreau le plus fin de nos échanges au niveau des services notamment. La France compte plus de 2 millions de TPE qui donc forment les deux tiers des entreprises françaises[15]. Le rapport Octant n °47 de l’Insee Bretagne (administrative) dénombre 138 000 entreprises implantées sur ce territoire dont 94 % de microentreprises qui emploient 119 000 salariés (soit 21 % de l’ensemble). Ces structures portent la fertilité de notre région car elles ne sont pas enfermées dans des systèmes paralysants, restent réactives et, par obligation, sont « maigres » de frais de fonctionnement. Elles représentent aussi le devenir en marche, les idées nouvelles. Elles sont le terrain d’expérimentation de ce « jardin des Faiseux », de ces hommes et de ces femmes qui un jour ont décidé d’extraire « de rien » un « tout » prometteur de richesse individuelle et surtout collective. Ces personnes qui passent à l’acte méritent tout notre respect, car d’une part, elles doivent se forger un caractère d’acier pour affronter un écosystème dont certains aspects peuvent paraître hostiles (les administrations sociales, les partenaires bancaires, les fournisseurs, sans faire de généralisation évidemment) et d’autre part, il ne faudrait pas l’oublier, elles viennent alimenter les caisses de tout l’appareillage d’État au niveau fiscal et social.

— Prendre soin de l’entreprise (comme de la personne, comme du territoire)

Un soin particulier devrait donc être apporté à ces petites pousses naissantes qui reboiseront demain notre Bretagne, et cela ne se fait pas par l’écriture de gros rapports, aussi intelligents soient-ils, mais par une proximité souple et conviviale, par cette attention méticuleuse, qui prend le temps de l’écoute de ce combat, qui va faire preuve d’empathie. Nous avons à quadriller notre territoire de ces nouveaux jardiniers expérimentés et désintéressés, généralement plus anciens, qui permettront l’émergence des jeunes initiatives. Nous pourrions les nommer les « thérapeutes », au sens premier du terme : chez les Grecs, c’est « le sage, l’intercesseur, le psychologue, le cuisinier et le tisserand [16]». Tisserand, nous retrouvons là, avec surprise, les fils qui tissent des liens qui forment la texture, le texte social et le tissu économique. Ces initiatives sont évidemment possibles à force de volonté, souvent bénévoles (le tiers temps à donner) dans le cadre de la société civile et économique ; il serait souhaitable néanmoins que le monde politique (où les représentants de la vraie vie sont trop souvent absents) et bancaire comprenne véritablement cet enjeu et agisse en conséquence.

Prendre soin, chez les anciens, c’était d’abord changer de vêtement et se revêtir de lin, car changer d’habit, c’est changer de climat, changer de temps pour « habiter » autrement. La décrépitude actuelle nous contraint à changer de paradigme, et sera abandonnée la vision verticale, binaire et centralisée pour aller vers des modèles horizontaux, multipolaires et déconcentrés.

Cela paraît une évidence, sauf à certains individus qui considèrent encore qu’il existe deux camps en combat, celui des patrons et celui des salariés, par exemple. Même s’il demeure encore ce type de modèle vertical, le dirigeant éclairé sait aujourd’hui qu’une entreprise est ce foyer de collaboration et de participation où les compétences et les responsabilités de chacun sont appelées. L’entreprise est une véritable unité sociale en action sur le territoire et non pas un objet financier, objet de prédation. « L’entrepreneur est cet homme de synthèse économique et sociale et non un technicien d’une mathématique financière[17]. »

Prendre soin de l’entreprise sur notre territoire est donc cette recherche permanente pour lui faciliter l’existence, de sa naissance à sa transmission. Combien d’obstacles perdurent encore dès le démarrage, par l’indifférence même des agences bancaires, probablement déshumanisées par les normes de leur siège… Il devient urgent d’opérer une métamorphose et une transition obligatoire. L’ensemble du système économique est grippé par ces incohérences et ces dérives, entre l’excès de normes d’un côté et l’absence de régulation de l’autre, dans cette monarchie technocratique.

Tout est lien et une partie des ressources produites par l’entreprise va nourrir les finances publiques. Leur bonne gestion sera essentielle car elle participe au bien-fondé du contrat social. Nous considérons que les recettes allouées aux diverses institutions restent des fonds « sacrés » car ils représentent les efforts, l’ingéniosité de chacun. L’affectation de ces ressources à guichets ouverts sur des dépenses somptuaires aujourd’hui, indélicates quelquefois, inappropriées au bien public, est une maladie qu’il faudra faire cesser.

— Pour une déclaration d’interdépendance en Bretagne

« Repartir à neuf, c’est aussi repartir des racines, du sol, avec l’immense puissance imperceptible nuit et jour du blé qui lève brin par brin. C’est donc avant tout recréer de petites unités compréhensibles par le moyen de petites actions multipliées, celles que peuvent accomplir, et accomplissent déjà, des centaines, des milliers d’associations qui existent dans chacune de nos régions et de nos villes… C’est là, dans nos communes, que tout se joue, et que va se jouer le sort de notre société occidentale[18]. »

En conséquence, nous convoquons tous les volontaires à l’action, tous ceux dont le « désir de faire » est encore vivant. « Reliance est activant », nous enseigne Edgar Morin, nous ajouterons « reliance est vivant ». Être vivant, c’est faire bouger les lignes, c’est ouvrir de nouveaux horizons pour soi et pour les autres, c’est ouvrir sa fenêtre et sa porte pour sentir l’air de l’univers, c’est plonger son regard dans le ciel étoilé avec les pieds dans la terre et cette terre, nous avons ensemble à la réensemencer d’idées nouvelles, de projets nouveaux. Le vivant va toujours de l’avant sans peur et sans égoïsme. Les bavards resteront sur le bord de la route, les « agissants » construiront le nouveau temps.

Les « petites unités compréhensibles » de Denis de Rougemont, chez nous, ce sont les « Ker », véritable vocable identifiant de la Bretagne. « Ker » a le sens de « village », mais aussi, selon les érudits, le sens de « beau » (Kaer) et de « fort ou de cité fortifiée ». Nous voulons y rajouter de manière poétique, dans la langue des oiseaux, celui de « cœur », car le cœur est ce petit centre qui unit l’énergie vitale et la distribue (il met du cœur à l’ouvrage) et l’empathie nécessaire à la société (il a du cœur). Nous devons créer les nouveaux « Ker » de Bretagne, unissant les meilleures volontés, les meilleures compétences désintéressées, pour créer peu à peu un nouvel écosystème où chaque unité sera reliée. La Bretagne sera alors comme innervée de la force créatrice d’une nouvelle société, véritable dentelle harmonieuse pour le bien de chacun. Il faut alors bien le faire et que reliance se conjugue avec convergence.

Le 6 novembre 2016, Yves Brun

Née à Quimper, l’association « Kemberiñ » a pour devise « penser, rassembler, agir ». Elle a pour objectif d’être un laboratoire d’idées axé sur des actions concrètes dans l’intérêt général de la Bretagne avec comme champ d’action la Cornouaille. Elle est fondée sur l’idée de « confluence » [Kemberiñ signifie « Confluer » en breton et est aussi l’étymologie de Quimper], c’est-à-dire de réunir les forces vives au-delà des idéologies sur le territoire. Ses actions seront la production d’études et d’enseignement au niveau local, l’organisation des systèmes d’entraide au niveau économique, la priorité donnée à la recherche et au développement ainsi que la diffusion des idées.

 

[1] . Edgar Morin, La Méthode. 6 : Éthique, éditions du Seuil, 2004, page 239.
[2] . Extrait de Élisée Reclus, Les grands textes. Présentés par Christophe Brun, Flammarion, 2014, page 155.
[3] . Boris Cyrulnik, L’Ensorcellement du monde, éditions Odile Jacob, 1997, « c’est pourquoi le petit d’homme, le jour de sa naissance, tombe dans un monde déjà structuré par le langage et par la pensée de ses ascendants », page 80.
[4] . « Relation interpersonnelle, état de ce qui est relié, connecté ». Le concept a été proposé à l’origine par Roger Clausse (en 1963) pour indiquer un « besoin psychosocial (d’information) : de reliance par rapport à l’isolement ». Il fut repris et réélaboré à la fin des années 1970 par Marcel Bolle De Bal, à partir d’une sociologie des médias. À la notion de connexions, la reliance va ajouter le sens, la finalité, l’insertion dans un système.
[5] . Hervé Sérieyx et Franck Delalande, La Métamorphose bretonne, un vent d’espoir venu de l’Ouest, éditions La Mer Salée, 2014, pages 105 et 106.
[6] . Ibid., page 101.
[7] . Pour reprendre l’expression de Bernard Stiegler dans Pour une nouvelle critique de l’économie politique, éditions Galilée, 2009, page 27.
[8] . Yann Moulier-Boutang, L’Abeille et l’Économie, éditions Carnets Nord, 2010, page 117.
[9] . Elena Lasida, Le Goût de l’autre, la crise, une chance pour réinventer le lien, Albin Michel, 2011, page 49.
[10] . Felwine Sarr, Afrotopia, éditions Philippe Rey, 2016, page 85.
[11] . L’empathie (du grec ancien ἐν, dans, à l’intérieur et πάθoς, souffrance, ce qui est éprouvé) est une notion désignant la compréhension des sentiments et des émotions d’un autre individu, voire, dans un sens plus général, de ses états non émotionnels, comme ses croyances.
[12] . Léon Walras, né à Évreux le 16 décembre 1834 et mort à Clarens le 5 janvier 1910, est un économiste français.
[13] . Nous utilisons ici le terme viticole de « climat » qui, dans le cas du vignoble de Bourgogne, est un lieu-dit consacré à la viticulture. Il s’agit d’une dénomination géographique, constituant en général une petite partie d’une appellation. Il caractérise l’alchimie entre une terre et la culture, c’est-à-dire l’alliance patiente entre un savoirfaire multi-séculaire et un territoire dont on a pris soin.
[14] . Le décret n °2008-1354 donne une nouvelle définition de l’entreprise. Il définit 4 catégories dont la plus petite, les microentreprises, qui occupent moins de 10 personnes et ont un chiffre d’affaires annuel ou un total de bilan n’excédant pas 2 millions d’euros.
[15] . Source : Le Point – économie, article d’Alexis Boyer du 3 avril 2015.
[16] . Jean-Yves Leloup, Prendre soin de l’être, Albin Michel, 1993, page 20.
[17] . Claude Champaud, Manifeste pour la doctrine de l’entreprise, sortir de la crise du financialisme, éditions Larcier, 2011, page 284.
[18] . Denis de Rougemont, L’avenir est notre affaire, Stock, 1977, pages 265-266.

2 commentaires

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  • Alain Glon

    Une belle explication dont il conviendrait de tirer parti.
    En effet,
    J’entends que dan sa nouvelle organisation la France, y compris en Bretagne, va abandonner les « pays » pour ne plus connaître que les communautés de communes.
    Puissions nous transformer cette erreur en une chance.
    Erreur en effet qui consiste à privilégier la gestion à l’harmonie.
    Que l’etat, sous traitant des choix de la Nation s’organise comme il l’entend c’est normal. On lui demande d’etre Performants. Du boulot !
    Qu’il entraîne dans le sillage de sa gestion les représentants des Pays témoigne une fois de plus du déni de démocratie. Vos gueules les mouettes !

    Détruire la Reliance, la trame sociale, les tenons et mortaises va distendre les liens qui font Société. Détruire ces liens de solidarité justifiera plus de dépenses, plus de policiers.

    Je connais une entreprise qui fait de même, en s’établissant loin des paysans et des ouvriers elle va se trouver satellisée avant de disparaître.

    Les communautés de communes sont vue par le gestionnaire national comme des sous-Métropoles. Le jour viendra où on les considèrera trop nombreuses, trop onéreuses.
    En Beauce ça n’a plus d’importance, dans le Creuse c’est trop tard déjà.
    Mais pas ça en Bretagne !
    Comment :
    Il n’ est pas possible que les élus bretons soient tous pour ce recul funeste. Qu’ils observent si besoin est comment ils ont contribué à détruire l’ecomie locale en confiant les appels d’offres aux percepteurs. Et ils recommencent pour les cantonniers, les gardes champêtres
    On ne peut être de Bzh 5/5 et accepter chose pareille !

    Que faire
    Si la Machine a décidé qu’il en aille ainsi,
    Si certains pensent qu’ils seront meilleurs parce que plus gros… laissez les s’abimer, ils ont oublié qu’ils devraient être les représentants de la Nation, et donc des pays plutôt que d’etre des leviers de centralisme, d’un centralismes qui va détruire nos villages.
    Non, il faut, il faudrait que le monde associatif de Bretagne profite de cet abandon des Pays pour s’en emparer.
    Le Pays c’est Nous.
    La Reliance, c’est mieux qu’ arrêté comptable.

    • Small is great.
      L’État central se prend pour cette grenouille qui voulait se faire plus grosse que le boeuf, et encourage ses satellites à l’imiter. Ces égarements les entraîneront à la même fin que le batracien. Dire que nous, en Bretagne, nous n’en voulons pas, c’est bien. Le dire, c’est facile. L’organiser l’est moins : sinon cela serait déjà mieux fait. Et à ce stade, il y a deux point qui me paraissent essentiels :
      – Rassemblement : les personnes de cette opinion sont trop dispersées et ne se parlent pas suffisamment. Le réseau est trop disparate et le communication trop faible.
      – La valeur par l’exemple : nous devons localiser quelques exemples bien concrets de réussites en Bretagne, qu’elles soient économiques ou autres, basées sur le modeste, sur l’humain, sur le Small is Great. Par exemple une municipalité bien gérée, réellement soucieuse de l’avis des habitants, sociale, écologique, où l’emploi se porte mieux, où la démocratie fonctionne mieux, etc … Et en faire la promotion, la mettre en avant, l’expliquer … via une communication adaptée et forte (réseaux sociaux …). Cela peut aussi être le cas d’une belle entreprise.
      Personne ne le fera à notre place. Faisons-le Nous-Mêmes !
      Small is great : https://www.nhu.bzh/democratie-et-population-plus-reelle-petits-pays-bretagne/