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Le très haut débit pour tous grâce à une alliance Eutelsat, Thales, Orange


L’opérateur de satellites Eutelsat renonce à son partenariat avec l’américain ViaSat pour se ranger derrière une offre 100 % française afin d’offrir le très haut débit dans les zones blanches.

L’industrie du satellite, via Thales et Eutelsat, s’est enfin forgé une place face aux opérateurs télécoms pour prendre une part de l’offre Internet aux citoyens. En juillet dernier, le président Emmanuel Macron fixait un objectif simple : parvenir à une couverture très haut débit pour tous d’ici à la fin 2022. L’Etat a mis 3,3 milliards d’euros pour déployer la fibre dans l’Hexagone. Et les opérateurs de satellites n’ont cessé de vanter au gouvernement leur capacité à desservir les populations isolées à un coût bien plus faible.

Jeudi, l’opérateur de satellites Eutelsat a annoncé qu’il commandait pour plusieurs centaines de millions d’euros un satellite de technologie VHTS à Thales Alenia Space. Sa capacité broadband sera en partie louée par Orange afin d’apporter un service Internet de bonne qualité à ceux qui vivent dans les zones blanches, en France comme en Europe. Thales louera aussi une partie de la charge utile du satellite pour des connexions aux armées.

Le président du CNES, Jean-Yves Le Gall, se réjouit du développement d’une technologie made in France. « Nous faisons la promotion de la solution VHTS en orbite géostationnaire depuis plus de deux ans », rappelle-t-il, alors que les Américains parient davantage sur les constellations.

L’option américaine enterrée

Eutelsat, qui avait noué un partenariat avec l’entreprise américaine ViaSat, avait déclenché une levée de boucliers dans l’industrie spatiale française. Il y a un an, le président d’Eutelsat, Rodolphe Belmer, invitait l’Américain à commercialiser en Europe des offres Internet grâce à son satellite Ka-Sat et réfléchissait à l’achat pour 650 millions d’euros d’un satellite construit par Boeing, ViaSat 3, afin de proposer le très haut débit, plus de 30 mégabits par seconde (Mb/s), à l’horizon 2020.

 Cette option, qui snobait la filière tricolore, n’était pas du goût de cette dernière, ni du gouvernement, qui subventionne la recherche spatiale ainsi que l’achat des paraboles des futurs abonnés Internet en zone isolée. Tous les acteurs se réjouissent désormais de la reconstitution d’une équipe France avec trois acteurs de poids sur un marché prometteur : l’Internet très haut débit par satellite.

Un service compétitif

« C’est la meilleure solution. Nous sommes très contents qu’elle soit française. Mais nous avons fait le choix le plus pertinent, à la fois sur des critères commerciaux, technologiques et financiers », déclare Rodolphe Belmer. Tandis que Ka-Sat propose au maximum 90 Gb/s (gigabits par seconde), le satellite de Thales en offrira 500. « Le coût du gigabit par seconde est très compétitif et nous permettra d’amener un très bon service à des prix très intéressants », assure le patron d’Eutelsat.

« Nous pourrons offrir des débits dix fois supérieurs à ce que nous proposons aujourd’hui avec nos offres satellites [jusqu’à 22 Mb/s, NDLR] à un prix qui restera le même [36,90 euros par mois, NDLR], confirme Laurentino Lavezzi, le directeur des affaires publiques d’Orange. Alors que dans le cadre d’un accord avec ViaSat, celui-ci aurait été le seul à proposer du très haut débit par satellite et nous courions le risque d’être sortis du marché. »

Orange revendique actuellement plus de 40.000 clients à Internet par satellite avec sa filiale Nordnet. Même si le déploiement de la fibre optique reste sa priorité, Orange estime qu’entre 100.000 et 150.000 foyers ne seront couverts par aucune des technologies terrestres (fibre, mais aussi montée en débit du réseau cuivre, THD radio ou 4G fixe) d’ici à 2022.

Les clients potentiels pour Konnect VHTS ne manquent donc pas. Selon Eutelsat, 5 % des logements ne pourront jamais être reliés par le terrestre en Europe. Et le satellite pourra aussi fournir du wi-fi dans les avions, « avec des débits qui permettront aux passagers de regarder Netflix pendant qu’ils sont en vol », prédit Rodolphe Belmer.

Anne Bauer
Sébastien Dumoulin
Les Echos, le

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