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Le Poher Hebdo : Locarn mise sur la formation


 L’Institut de Locarn mise sur la formation

La semaine dernière une vingtaine de stagiaires se voyaient remettre leur diplôme au terme d’une formation de management de quatre mois à l’institut de Locarn. L’occasion de faire le point sur une structure unique en centre Bretagne et qui conserve une part de mystère.

« L’institut de Locarn est un lieu de légende, de liens et de rencontre », assure Gilbert Jaffrelot, un intervenant régulier. Niché au cœur des collines du Kreiz Breizh, dans un cadre bucolique, l’endroit conserve en effet une part de mystère, voire de légende parfois sulfureuse. Mais en cette fin de mois de mars, force est de constater que, comme à l’accoutumée, il parvient à rassembler des personnalités d’horizons totalement différents pour la remise des diplômes des participants à la formation de quatre mois pour les managers. On y trouve des militaires, des chefs d’entreprise, des syndicalistes, des représentants de Pôle emploi et de I’ Afpa, I’ Agence pour la formation professionnelle des adultes.

Valeurs de solidarité

Ils étaient venus, vendredi 30 mars, parrainer la nouvelle promotion de diplômés de l’Institut. L’occasion de pousser les portes de cet organisme. « Locarn est un lieu où la parole est libre, chacun peut prendre la parole lorsqu’il le souhaite », explique l’orateur.

Pendant deux heures, les interventions se sont succédé. Les propos se veulent optimistes et empathiques pour les stagiaires. « Ici, on tente chaque jour de rendre une personne heureuse. » On y prône aussi des valeurs de solidarité. « Sur ce territoire fragilisé, on ne peut pas ignorer les autres. Il est vital de valoriser les gens qui vivent ici » ; souligne Gilbert Jaffrelot. « En Bretagne, on n’a pas le temps d’attendre, il faut avancer », ajoute l’ancien président de Produit en Bretagne, Jakez Bernard. On n’échappe cependant pas à certains concepts actuellement à la mode. Il est ainsi beaucoup question de « disruptif » et de « disruption ». « Il s’agit de provoquer des ruptures pour introduire de nouveaux produits ou personnalités », traduit un participant.

Les nouveaux diplômés avec le président de l’Institut de Locarn, Alain Glon

Refonder la formation

« Disruptif », c’est le mot employé par Olivier Labat, directeur régional de I’ Afpa, pour décrire sa vision de l’évolution de la formation professionnelle en France. L’homme provoque une certaine gêne en déclarant que « la France est un pays hyper décentralisé ». Sans vraiment étayer son propos, la formule produit son effet dans cet institut plutôt connu pour ses sympathies régionalistes.

Mais la parole est libre à Locarn et il ne mâche pas ses mots. « Nous sommes face à un échec de la formation professionnelle en France, tonne-t-il. Il y a une croissance à 2 %, mais il n’y a pas de baisse du chômage. J’entends des entreprises qui disent qu’elles ne prennent plus de marchés parce qu’elles ne savent plus faire, qu’elles préfèrent faire appel à des travailleurs détachés. Je trouve insupportable que certains se résignent à ce qu’il y ait un taux de chômage structurel de 8 % en France. C’est le terreau de toutes les révoltes. » Avec la réforme de la formation professionnelle, I’ Afpa va voir son rôle renforcé. « En Bretagne et Pays de la Loire, nous avons un potentiel d’accueil de 20.000 personnes pour se former à 180 métiers », explique-t-il

Projet territorial

Il a incité les chefs d’entreprises présents à venir présenter leurs métiers à Pôle emploi et à communiquer. « En Bretagne, il faut que les territoires parlent plus de leurs entreprises. Il faut beaucoup plus les valoriser. Je travaille avec la Vendée ou les Mauges qui le font beaucoup mieux que les Bretons. Il faut être capable de faire croire à la valeur travail. » Il a insisté sur la nécessité de créer un projet territorial pour l’emploi. « Il faut que les industriels bretons insistent plus sur leurs succès pour donner envie aux gens de venir travailler chez eux », note Gilbert Jaffrelot. Jakez Bernard renchérit en constatant qu’au niveau des territoires : « On ne parlait plus que du grand Paris et des métropoles. Si l’État considère qu’il n’y a plus que les grandes villes qui comptent, il n’a qu’à nous laisser prendre les choses en main. »

Michel Riou, directeur du Pôle emploi de Carhaix a aussi constaté des problèmes de communication structurels. « Il faut restaurer la confiance et le dialogue des deux côtés, entre employeurs et demandeurs d’emplois. Il faut privilégier le contact et ne pas céder au culte du CV. On constate que quand les gens communiquent, ils trouvent plus facilement des jobs. »

Tous ‘les intervenants ont constaté les problèmes d’inadéquation entre l’offre et la demande d’emplois. Un chef d’entreprise a témoigné de sa satisfaction d’avoir développé « le management salarial ». « J’ai été à l’écoute des gens et de leurs attentes, cela m’a évité beaucoup de problèmes de recrutement. »

Finalement, cette remise de diplôme aura été l’occasion d’échanger et de débattre sur la formation professionnelle. Alors qu’on présente parfois Locarn comme le fief d’un patronat breton monolithique, voulant imposer sa vision néolibérale de la société, ce genre de rencontres laisse au contraire entrevoir une réalité bien plus plurielle et diverse. Ses dirigeants confient d’ailleurs vouloir renforcer l’aspect formation de l’institut dans un avenir proche

ERWAN CHARTIER-LE FLOCH

Poher Hebdo N°1153
semaine du 4 au 10 avril 2018