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La vingt-cinquième heure


« La vingt-cinquième heure. Le moment où toute tentative de sauvetage devient inutile. Même la venue d’un Messie ne résoudrait rien. Ce n’est pas la dernière heure : c’est une heure après la dernière heure. Le temps précis de la Société occidentale. C’est l’heure actuelle. L’heure exacte. »

La vingt-cinquième heure, C. Virgil Gheorghiu

Avec la promotion de Mike Pompeo au poste de Secrétaire d’état, et la nomination de John Bolton à celui de conseiller à la sécurité nationale, la mainmise des néoconservateurs sur la Maison Blanche est terminée. Elle avait commencé au printemps 2017. Donald Trump avait déjà renvoyé son conseiller à la sécurité nationale, Mike Flynn, mis à l’écart Steve Bannon, et bombardé la Syrie sous un faux prétexte. Il n’est président que de nom. C’est un homme seul, sans organisation et dépourvu d’expérience politique. Il a été choisi par défaut et non par adhésion. Il doit son succès électoral au milliardaire Robert Mercer et à Cambridge Analytica. Il est narcissique, versatile et incohérent. Les leviers de pouvoir sont aux mains des néoconservateurs.

Ces derniers qui se sont fixés comme objectifs de dominer le monde, n’ont plus devant eux qu’un seul obstacle : la Russie. (1) Le 1er mars, Vladimir Poutine a annoncé la mise au point de nouveaux missiles hypersoniques qui rendent obsolète le système de défense américain. Ils sont la réponse de la Russie à la décision unilatérale de George W. Bush de se retirer du traité anti-missile. Dans son discours, Poutine a pris soin de préciser que les nouveaux missiles n’avaient qu’un rôle défensif et a invité les Occidentaux à négocier un traité de paix. Les Européens se sont tus. Les média américains ont dénoncé des propos agressifs et mensongers. Mieux informé, le chef du Strategic Air Command, le général John Hyten, a déclaré devant une commission sénatoriale qu’il n’était pas en mesure de répondre à une attaque de ces missiles. Fort heureusement, si l’on peut dire, ils ne seront fonctionnels qu’en 2020. Les néoconservateurs comptent donc profiter de ce lapse de temps pour vaincre la Russie en Syrie, et in fine la soumettre à leur volonté, comme au temps de Boris Eltsine. Le général russe Valery Gerasimov a dit qu’il répliquerait à toute attaque sur le sol syrien si des soldats russes étaient tués.

Les récentes nominations montrent que les néoconservateurs ne prennent pas cette menace au sérieux, et qu’ils reprendront bientôt les hostilités. Ils ont tort. Les Russes sont excédés des accusations sans fondement et des humiliations dont ils sont l’objet, à preuve l’interview de Maria Zakharova, porte-parole du ministère des affaires étrangères, visiblement irritée, ou encore la convocation par ce ministère des ambassadeurs en poste à Moscou le 21 mars 2018. Nous assistons donc à un durcissement de la politique étrangère américaine au moment même où les Russes font part de leur irritation grandissante à l’égard du traitement qui leur est réservé en Occident. Au travers de cette confrontation russo-américaine, se met en place un système de cliquets. Dorénavant, à chaque initiative de l’un répondra une initiative de l’autre.  Ne manque que le premier coup de feu pour l’enclencher, comme ce jour funeste de juin 1914. Ce sera la vingt-cinquième heure.

Jean-Luc Baslé

(1) Si la Russie tombe, la Chine, très dépendante de l’Occident, tombera. Sa force de frappe est équivalente à celle de la France, c’est-à-dire dix à douze fois plus faible que celle des Etats-Unis ou de la Russie.

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3 commentaires

  • Cévaër Jean

    La Vingt-cinquième heure a longtemps été mon live de chevet après sa publication en 1966.
    C’est un livre majeur pour comprendre les heurs et malheurs de l’humanité, ceux du passé, du présent
    et sans doute de l’avenir.

  • Thibaud KERNEC

    Merci pour les repères que votre article nous apporte. Mon commentaire n’a d’autre but que de manifester mon intérêt pour ce genre d’information.
    Le changement d’acteurs que vous soulignez est bien inquiétant, puisqu’il annonce un changement de cap, ou plutôt un retour en arrière. L’éviction d’H.Clinton n’aura pas désarmé ces néocons. On veut bien croire malheureusement que, revenus aux postes-clés, ceux-ci ne déterrent rapidement la hache de guerre, coûte que coûte, au nom du leadership de la démocratie dans le monde.
    Trump est assez désigné pour servir de bouc émissaire dans le chaos à venir. Il vaut mieux, me semble t’il dans ‘intérêt des néocons, que ce soit lui plutôt qu’H.C., qui en porte la responsabilité, ….
    Cependant, les US n’ont-ils pas du chemin à faire pour se mesurer à la Russie en Syrie : la crise du management des armées US peut-elle être résolue d’un coup de baguette magique ( Déclaration de l’état-major US des armées, février 2018)? Bien sûr les US peuvent compter sur l’Europe.
    Je crains que nos soldats français ne soient bientôt mêlés à une triste affaire, celle-ci devant nous revenir en boomerang sur notre sol; comme si la déstabilisation orchestrée d’Afrique du Nord n’était pas une leçon suffisante.

  • Le Corfec Alexandre

    Bonjour Alain !

    Juste une question .
    Ou la famille Doux investissait elle avant que les difficultés apparaissent ?

    Bien cordialement
    A. Le Corfec

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