Catégories Blog

Un jour ordinaire pour le centralisme, un jour funeste en Bretagne …


Chacun peut s’étonner que la France laisse disparaitre l’entreprise Doux et les milliers d’emplois manufacturiers et agricoles qui y sont liés, un silence sinistre va courir les campagnes et ravager un peu plus notre balance commerciale.
C’est une forêt que l’on abat.

Cette situation peut apparaître surprenante si l’on veut bien regarder la vie autrement que de Paris, surprenante parce que la France importe 45% du poulet qu’elle consomme alors qu’elle dispose de la chaine de compétences et des moyens nécessaires pour satisfaire son besoin, en quantité, en qualité, en équilibres financiers et ce faisant de permettre la vie.
Mais la France ne cherche pas de travail, elle est tel un chômeur qui ne rechercherait pas d’emploi. 

 

Retour sur l’histoire.
Dans les années 1960, la Bretagne et la Vendée ont connu une croissance exceptionnelle, une croissance qui fut exceptionnelle aussi dans le monde agricole.

Nous étions alors les Brésiliens du monde, pleins d’enthousiasme, de courage et d’envies.

Dans le monde de l’aviculture les poulaillers se multipliaient alors au rythme de 4 ou 5 bâtiments nouveaux chaque jour. Un climat favorable à l’élevage, une population bien formée dans les écoles d’agriculture alors bien remplies, des fermes trop petites pour nourrir des familles nombreuses, tels étaient les ingrédients de la dynamique ; encore qu’il convient d’y ajouter un talent naturel des Bretons pour s’occuper des animaux et en accepter les contraintes.
Il y avait alors l’alignement de l’ambition, de la vision et d’une volonté largement partagée. 

Il faut ajouter à tout cela l’implication de l’État qui tenait les délais, qui finançait le collectif tel l’INRA, la recherche vétérinaire et Ploufragan, sans oublier les banques qui favorisaient le financement des investissements par des prêts bonifiés. Le financiarisme n’était pas né.
C’était un temps où l’on ne dépensait pas plus que l’on ne gagnait, chacun, et même l’État, savait ce qu’était un retour sur investissement, chacun, et même la France avait à cœur d’honorer ses dettes.

C’était un temps où l’on vivait selon ses moyens, on n’avait pas encore opté pour le chômage et pour la dette.

Et bien sûr, tous ces ingrédients étaient transformés en dynamique territoriale grâce à des hommes tels que Charles et Pierre Doux qui nous arrivaient de Vendée et osaient le Moyen Orient.

De tels hommes, qui furent champions du monde pendant 20 ans, on en cherche !

 

Des vents contraires :

Lorsque, en 1981, nous avons eu des ministres communistes au gouvernement, l’OTAN a considéré que la France ne pouvait plus détenir seule l’arme alimentaire au Moyen Orient. C’est alors que les USA ont déployé la production de volailles au Brésil.

Le politique a des raisons que la raison ignore.

Lorsque, en 1994, furent ratifiés les accords de Marrakech, c’était le signal irréversible de l’entrée dans un monde nouveau. La fin de l’Uruguay Round enclenchait la spécialisation du monde et les USA organisaient à leur profit le quasi-monopole du commerce alimentaire, celui des ajustements quantitatifs de pays à pays.

Il aurait fallu alors que nos exportateurs de volailles, dont le groupe Doux, réorientent progressivement, qualité, quantités, destinations, sur 10 ans c’eût été partiellement faisable, ce fut d’ailleurs initié par l’acquisition de l’abattoir Sacpa à Laval.

Chacun le sait, le succès est un grand menteur, les réorientations n’ont pas été effectuées.

 

Insubmersible dites-vous :

Dans les années 1995 et les suivantes les élites de France considéraient que notre agriculture était insubmersible. Protégée de la hausse du prix de la terre par le mécanisme des Safer, forte du talent de ses agriculteurs, l’agriculture, disait-on, était prête à répondre à tous les assauts venus de l’étranger.

Fort de cette assurance, j’ai vu, vu de mes yeux vu, comment round après round, les frontières de l’Europe se sont ouvertes à l’importation de viandes dont celles de poulet bien sûr. J’ai vu comment, de contrats espérés en contrats dénoncés, la France a bradé ses protections pour vendre au Brésil des moteurs Peugeot pour des voitures roulant à l’éthanol, pour vendre des Airbus et pour espérer vendre des Rafales. À coup de 100.000 tonnes de viandes la France a acheté de la souffrance pour la Bretagne.

Les pays n’ont pas d’amis, ils ont des intérêts.

 

Erreur funeste :

Ces centaines de milliers de tonnes de viandes autorisées à l’importation en Europe étaient trimestriellement mise en adjudication à Bruxelles.

Ces adjudications étaient souscrites à des prix parfois inférieurs d’un tiers aux prix de revient européens. Un bonus incroyable, à tel point que les quantités souscrites étaient parfois 10 fois supérieures aux quotas autorisés.

Rarement des entreprises françaises souscrivaient à ces adjudications.

En effet, pour limiter la concurrence des produits importés, chacun en France se donnait la main :

Les éleveurs en mal de revenus faisaient «la chasse » aux viandes d’importation et chacun se souvient de chargements déversés, de stocks passés au gasoil.

Les douanes françaises se montraient on ne peut plus rigoureuses et c’est par Rotterdam ou Hambourg que se déversaient les viandes salées, les viandes cuisinées, ceci pour passer dans la nomenclature douanière qui va bien, une pincée de sel par çi, une cuillerée d’huile par là. J’en passe, et des meilleures, tel le dédouanement de navires entiers aux iles Canaries.

 

Le pire était à venir !

En effet, si les consommateurs Allemands, Britanniques, Néerlandais avaient bénéficiés d’une nourriture à bas prix, ce fut un moindre mal, mais que nenni !

Mixant les viandes peut être, en tous cas mixant les prix de leurs propres volailles et ceux des volailles importées, nos amis, voisins et concurrents ont pratiqué dans la durée des prix de 5 ou 10% inférieurs aux prix des volailles françaises.

J’ai le souvenir de mes vaines explications pour démontrer qu’à nouveau les Allemands déboulaient en Alsace et en Lorraine à raison de 100 km par an, que ce serait douloureux quand ils entreraient dans Paris, touchant alors 10 millions de consommateurs.

Voici pourquoi et comment la France importe 45% des viandes de volailles que nous consommons.

Quand vous avez fait la grande école pour gouverner la France, le poulet !
Vous n’en avez que faire.

 

Suivez le bœuf !

Je le dis ainsi pour que vous puissiez suivre l’actualité. L’Europe vient d’autoriser les pays d’Amérique du Sud (Mercosur) à nous expédier chaque année 99.000 tonnes de viandes de bœuf. La France a appuyé cette ouverture avec pour contrepartie, cette fois, non pas des Airbus, mais l’autorisation pour nos Champions Gaulois de répondre aux appels d’offres publics dans ces pays.

Pourquoi pas puisque ce sont nos élus qui le veulent ainsi, nous sommes en démocratie. On peut cependant s’étonner que ce soit de la souffrance rurale achetée contre du tout bénéfice, sans contreparties, pour les amis de promos qui pantouflent à la tête des grandes entreprises française qui soumissionneront.

En effet, en Allemagne, au Danemark, pour ne citer qu’eux, en contrepartie du bénéfice d’accès aux marchés étrangers, les champions nationaux doivent permettre au monde agricole d’accéder au droit à produire de l’énergie.

Là-bas, les aviculteurs font du photovoltaïque, les porchers font du méthane, d’autres encore font de l’éolien.

 À chacun ses grands-corps :
En 2004 je participais, en Allemagne, à des discussions qui disaient, parlant de la nourriture que les Allemands voulaient produire : « le problème n’est ni le prix de revient, ni le prix de vente, c’est celui du revenu des paysans. Procurons leur 25% de revenus à partir de la production d’énergie et autres services à la société, ainsi ils accepterons de vivre à la campagne »

Tout ceci est trop simple pour la grande école, nos élites préfèrent parler de fractures plutôt que de factures. 

 

Prologue :

Les spadassins de Monsieur Montebourg ont torturé Charles.
Paix à son âme et Honneur au vaincu.
Les titres ont changé de mains, il fut fait comme l’ont voulu nos élites,
pour qu’arrive un nouveau propriétaire et pour qu’il sorte ensuite.
Les mêmes, ou presque, ont fomenté un mariage qui était un calcul à deux bandes.
Le temps d’une parité monétaires les choses ont tenu.
L’issue était certaine seule la date était inconnue.
Pour la date voici que c’est maintenant.
Il est trois scénarios possibles :
Une reproduction de Tilly, avec un leurre Ukrainien au lieu d’Anglais.
Un dépeçage et des fermetures ainsi qu’ils l’avaient prévu.
Un sursaut de réalisme venant du monde rural.

 

Assurément pour beaucoup, Doux est déjà mort,
C’est bien désormais le sort de la Bretagne rurale qui est l’enjeu,
Il l’est pour veaux, vaches, cochons, couvées,
Il l’est pour les bourgs et les villages,
Il l’est pour une génération au moins.

 

Si vous ne partagez pas l’historique, je vous écoute.
Si le troisième scénario vous intéresse, parlons-en, pour que nous ne laissions pas passer un jour ordinaire.

Alain Glon

 

21 commentaires

    • Alain Glon

      Il est tant de Bretons qui nous ont fait confiance que nous ne pouvons garder silence, un silence alors complice quand on perçoit où le présent nous conduit.

  • Lucien le Glaude

    Cet article est très interessant et éclaire ma lanterne sur les inter connexions de la mondialisation….Français!Achetez de la volaille française.

    • Alain Glon

      Il est désormais consommé plus de viande hors foyers qu’à la maison, c’est bien d’acheter français mais il nous faut aller au delà.
      J’y viendrais.

  • Le Corfec Alexandre

    Bonjour Alain
    Malheureusement veridique , et même plus pondére que la verité !
    Ou la famille Doux a investi les sommes recupéres en Bretagne ; Au Bresil , bizarre !

    • Alain Glon

      Doux fut un précurseur dans la vision, il avait compris que pour garder une production en Bretagne il fallait aller produire dans le pays le moins cher, c’était Le Brésil. (L’automobile a fait de même et Renault est le premier au monde))
      A ma connaissance ce n’ est pas de l’argent de Bretagne qui a été investi au Brésil, c’est de l’argent de la Rabobank qui au final aura coûté bien cher.
      On n’´est jamais assez prudent avec le Néerlandais. Ne dit on pas que « ce sont les Hollandais qui trichent (fipronil, nombre de vaches..,) et les Belges qui se font prendre ! »

  • thomas

    croyez vous mr glon,que la filiere volaille bretonne a encore de l’avenir avec un seul intervenant hegemonique?ce qui a fait le developement de la bretagne ce sont les hommes et femmes et la diversité des debouchés,depuis que vos outils ont ete cedés on a basculé dans un monde ou le producteur importe peu

    • Alain Glon

      Bien sûr que je crois que c’ est souhaitable
      Bien sûr que je crois que c’ est possible.
      J’y reviendrai sous quelques jours.
      Bien sûr qu’il en est qui croient que c’ est en maintenant le système présent que le futur arrivera. Je ne suis pas de ceux-là.
      Je ne partage pas le point de vue de Paris :
      La mondialisation conduit à la guerre .., et j’entends parler de l’Ukraine pour le poulet !
      Le financiarisme doit être combattu voyez Bolloré/Ubisoft. Il est insupportable que l’amour de son pays devienne une faille !
      Si tout n’ est pas parfait ici soyons raisonnables et conscients que nous ne saurons jamais dans quelles conditions sont élevés les animaux dans les pays qui nous fournissent et nous fourniront. (Ou plus exactement je le sais et je crains !)
      Bretagne reprend ton sort en main !

  • Nous partageons cette analyse au Parti Breton que nous relayons à chaque élection. Vos adhérents doivent s’en rendre compte afin de créer une nouvelle classe politique en Bretagne nous permettant de défendre nos intérêts. Je viens de partager l’article d’Alain Glon sur notre page facebook.

    • Alain Glon

      J’entend bien mais…
      Mais quand depuis 30 voir depuis 50 ans on dit votez pour moi, et que rien ne se passe,
      Alors je dis à mes amis qui imaginent la voie politique : »si tu avais le pouvoir, tu ferais quoi ?… la réponse n’ Pas toujours très claire, quel que soit le parti.
      Alors je leur dis : et si tu commençais par faire, si tu fais bien, tu auras peut-être le pouvoir de surcroît.

  • legall

    Remettons le village qui meurt au centre du débat ! l’écosystème du centre commercial ne marche pas et tue la dynamique locale. Les petits moulins ont été absorbés , éliminés par les plus grands, etc
    L’Asie et le Brésil sont des fuites en avant de financiers. Une agriculture raisonnée verra t elle le jour ici face à ces importations et productions forcées (animaux gavés de médicamments pour produire vite et mal & sols pollués)… etc Aux agriculteurs et aux entreprises de travailler ensemble à relever la qualité afin de rassurer des consommateurs et éviter la misère agricole.

    • Alain Glon

      J’entends bien votre message et je le comprends, si tel n’était pas le cas je ne vivrais pas à Cleg. et ne serais pas allé ce matin faire du vélo à Glomel, Plelauff, Gouarec…
      je l’entends bien au point de dire qu’ il nous faut faire vivre deux modèles sur un même territoire, c’est possible en Bretagne, on est assez imaginatifs pour cela, il faudrait juste que nous soyons moins dogmatiques et plus tolérants. Vivre notre territoire et non obéir aux ruissèlements de Paris
      Mais il nous faut être réalistes, si nous voulons continuer d’importer (Energie, terres rares…) il nous faut bien exporter.
      Que dis je ! Il nous faudrait arrêter d’importer les 45% des poulets que nous consommons !
      Et puis le monde bouge, déjà il est consommé plus de viande en restauration collective qu’à la maison, Amazone a commencé aux USA à aller chercher en fermes des produits emballés par 2 ou 3 kilos. Ce sera sous peu ici, C’est bon pour le petit producteur qui va y trouver son marché.
      Mais dans le même temps Uber-eat distribue à domicile les repas de Mac-Do, et voici Sodexho qui s’y met, il y a place pour les deux types d’elevages.
      Et puis le talent des éleveurs Bretons est tel que voici plus de 20 ans que nous savons élever des poulets sans « facteurs de croissance ».
      On doit être un des seuls pays au monde à savoir élever des poulets sans antibiotiques.
      Demain viendra, autant s’en occuper !
      C’ est mon avis.

  • Le borgne Jean Claude

    Très intéressant article.
    Je n’ai rien contre le lobby breton. J’y suis actif. Mais n’y ait aucun intérêt personnel.

    Pour lobjectivite de votre commentaire, il serait bon de préciser que le groupe GLON est partie prenante dans l’alimentation animale.
    Cordialement.

    • Gerard Tocquer

      Bon point. Quand j ‘entends Doux dire qu il faisait un poulet de qualite…je souris.
      Modele de production de masse. Couts faibles. Qualite mediocre. Quand les vents deviennent contraire c’est la catastrophe industrielle et humaine.
      Il est temps de repenser l ‘agriculture bretonne Mr Glon. Nous sommes passes a une autre epoque.
      Votre article demeure interessant. Merci

      • Alain Glon

        La liberté d’un Chef d’entreprise est infiniment plus restreinte que vous ne semblez l’imaginer. Dans un pays où les dépenses de l’etat atteignent 57%, en agroalimentaire le résultat que vous dégagez ne peut être guère supérieur à 1%. Quand votre pays est à 44% vous avez un résultat de 10 fois supérieur et vous pouvez alors mener le bal.
        Autrement dit les entreprises française n’ont aucune capacité à changer les standards qualitatifs dans le marché mondial. Doux/Doux, Doux/Calmel/, Doux/Terrena ne peuvent faire autrement que comme ses concurrents Brésiliens ou autres.
        Mais n’ayez crainte, pour avoir eut un certain nombre d’eleveurs « Doux » qui sont devenus nos clients, quand j’etaIs aux affaires, je peux vous assurer qu’il n’ y a Pas de problème pour leur permettre d’elever des poulets répondants aux cahier des charges du client le plus exigeant au monde.
        Nous lui fournissions de la viande de poulets « bons à manger, bons à penser, bons pour la santé «  Et je le sais, chacun s’applique encore pour qu’il en soit ainsi.

    • Alain Glon

      J’entend bien mais…
      Mais quand depuis 30 voir depuis 50 ans on dit votez pour moi, et que rien ne se passe,
      Alors je dis à mes amis qui imaginent la voie politique : »si tu avais le pouvoir, tu ferais quoi ?… la réponse n’ Pas toujours très claire, quel que soit le parti.
      Alors je leur dis : et si tu commençais par faire, si tu fais bien, tu auras peut-être le pouvoir de surcroît.

    • Alain Glon

      J’ ai eu froid ce matin à Ste Brigitte !

      Je n’ ai plus d’interet dans la nourriture animale ni dans l’élevage depuis des années.
      Paris ne supportait pas ma préférence pour les ouvriers et les paysans.
      Ils avaient promis de me le faire payer !
      Xavier Beulin ne m’a pas cru, il n’est plus.
      Les avis que j’emets et les positions qui sont miennes me valent quelques désagréments.
      Je sais le prix à payer quand on change de division !, ce n’ est pas vrais que dans le sport.

  • RIO Gwenaël (DD44 PEB)

    Triste situation, programmée, tout comme le futur basé pour l’instant sur les mêmes inepties. Nous avons cru à une certaine période que nous pourrions infléchir les « décideurs  » qui ne décident plus rien, la machine foncionario-bureaucratique s’alimente elle même, jusqu’à ce qu’elle n’explose.
    La Bretagne doit se réunir sur les bases de son histoire commune, elle doit prendre conscience, avant qu’il ne soit trop tard de ses formidables capacités, et mettre en chantier son avenir, européen, universel, prospère !

  • lec'hvien pierre

    en tant qu’aviculteur et responsable syndical je serais très heureux de pouvoir discuter de vive voix avec vous sur la stratégie Bretonne a avoir dans le sujet qui nous préoccupe tous aujourd’hui : la pérennité de notre élevage et le modèle à développer pour répondre aux nouvelles attentes des consommateurs en terme de qualité ,de prix …

  • didier lebon

    Je suis passé par Kiev. J’ai vu dans un supermarché Auchan (le plus cher et la meilleure qualité) du poulet, des plats préparés à 4-5 euros par kg. Les travailleurs ukrainiens sont à mon avis plus éduqués que les brésiliens.

    J’ai vu comme le dit l’article les grands groupes qui s’installent la bas. Je comprends maintenant mieux les négociations d’en haut.

Les commentaires sont fermés.