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« Je suis plus breton que vous ! »


Quand les beaux jours reviennent, nous entendons de nouveau cette phrase. Elle est typique du touriste qui jure que son arrière-grand-mère portait la coiffe ou que son bisaïeul ne parlait que le breton. D’autres, qui s’appellent Le Bras ou Le Guen, profitent du passage dans la péninsule pour exhiber leur patronyme comme le Saint Sacrement. Gare à toi, paysan des Monts d’Arrée, si tu t’appelles Blanchard, Pasqualini ou Van Kleef !

En bien des choses, nous vivons dans un monde de comparaison et de calculs bizarres. Le débat sur l’identité se plombe tout seul, lorsqu’il s’obstine à calculer un gradient. L’État-nation étant un mélange de société et de communauté, on passe de la question de savoir ce qu’est un bon citoyen à la question de savoir ce qu’est un vrai français. Cela passe par des comparaisons sur les nuances de blanc, d’islam plus ou moins modéré, de bretonnité plus ou moins affirmée, de parler plus ou moins correct. Le vrai Français ? La ligne part du gaulois fictif, passe par le parisien superbe, s’égare sur le provincial incertain et s’éloigne vers l’étranger moyen. Qui sera rejeté ? Les plus sélectifs mettent le curseur très proche du guerrier chevelu. D’autres sont plus tolérants. Tous sont d’accord pour dire que le minimum est la détention de papiers administratifs. La bénédiction bureaucratique délivre de l’angoisse existentielle.

L’identité bretonne ne se présente pas du tout de la même façon. Être Breton ne passe par aucune approbation officielle. C’est un double choix. Je choisis la Bretagne et elle me choisit. Je suis Breton parce que je participe à une aventure collective.

Hélas, les mauvaises manières rôdent aussi chez nous. D’aucuns voudraient nous délivrer un certificat identitaire sur une base linguistique, culturelle ou génétique. Quel est votre nom de famille ? Parlez-vous breton ? Êtes-vous né ici ? Jouez-vous du biniou ? Êtes-vous alcoolique ?

Dans mon puzzle identitaire, je choisis pour pièce centrale la Bretagne. Pièce insuffisante, me direz-vous. Je le sais… Il me faut rajouter des langues mondiales, des savoirs généraux, des littératures d’ailleurs.

Quand la pièce centrale est l’identité administrative, les choses ne se présentent pas de la même façon. Ce n’est plus un puzzle, mais un Monopoly. Avec le puzzle, la diversité est en moi, constitutive, nécessaire, baroque. Avec le Monopoly, la diversité est extérieure. Elle a une valeur vénale. Elle ne fait pas partie de mon être, mais de mon avoir.

Nous pourrions discuter, dans les mosaïques bretonnes, de ce qui serait disharmonieux par rapport à la pièce centrale. Religions exotiques ? Mœurs étranges ? multilinguismes imprévus ?

A la question « Qui sommes-nous ? », la réponse peut être une mosaïque ou une norme. La mosaïque est du domaine esthétique, la norme du domaine de l’éthique. Les religions exotiques et les mœurs étranges peuvent être juxtaposées à l’identité bretonne, quitte à faire souffrir notre sens esthétique. Elles doivent être solubles dans l’identité française et les valeurs de la République Compatibilité nécessaire avec l’éthique.

Esthétique de juxtaposition, exigence éthique ? Le débat autour des identités n’a pas fini d’engendrer des incompréhensions.

(Illustration figurant en couverture de l’ouvrage « Ils sont fous ces Bretons d’Erwan Vallerie et de Nono – Editions Coop Breizh)

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